dimanche 22 novembre 2009
L'obscure clarté démasquée
Je me souviens, il y a quelques semaines, voire quelques mois, j'étais dans une sorte d'indécision. Tout était flou. Mes envies, mes projets, mes ressentis. Mes relations. J'oscillais ça et là, selon les jours et les secondes, influencées par tout et rien. Les autres. Les éléments. Le temps... Mais finalement, à laisser tout filer, je filais avec. Vers un rien sans forme.
Cette situation, qui au début ne me pesait pas, a fini par me laisser insatisfaite, en plus de mon incapacité à remettre de l'huile dans mes rouages.
Et puis, le temps a passé... et j'ai arrêté de penser à ce creux, ce flou, ce "truc". Ces derniers-temps, en discutant avec des gens, amis ou connaissances, que je n'avais pas vus depuis longtemps, je me rends compte que les choses ont bougé. Et moi avec.
Quelques pierres se sont stabilisées, donnant un équilibre à l'édifice. Un équilibre, dont j'ai besoin, dans une certaine mesure ou selon une proportion certaine. Et pour une fois, je sens que cette sécurité dont quelques zones sont encore fragiles, vient de moi. La stabilité ressentie, prend sa source à l'intérieur de moi et non à l'intérieur des autres, ceux qui m'entourent et à qui je demandais tout. Trop.
J'ai comme un sentiment très fort d'harmonie... et d'unité.
Bien sûr il y a encore des sujets qui fâchent, qui font pleurer, flipper, angoisser... mais il me semble que les arbres s'écartent en découvrant une jolie clairière un peu plus loin. Le soleil lui aussi a pointé son nez... et l'air est à la température idéale. Il fait bon dans ma vie, en ce moment...
A nos sentiers...
samedi 21 novembre 2009
Help ! I need somebody !
Déni... Nier. Ne pas vouloir voir. Ne pas voir. Ne pas accepter. Ne pas lâcher. Ignorer. Faire comme si...
Déni. Parce qu'au fond, cela nourrit notre fonctionnement, celui que l'on connait par coeur et que l'on ne veut pas lâcher. De peur de l'inconnu. De peur du bonheur ? Du mieux-être ?
Ma mère. Déni. Dépression. Des litres d'alcool. Décidément. Démesure.
Entre deux tranches d'angoisses, mettre une tranche de peurs, puis assaisonner de stress et de souffrances. Cela donnera une vie chaotique. Dans laquelle la seule solution, c'est de se scotcher à un rocher pas trop inconfortable. Comme un système, embarquer tout le monde avec soi et en pleurer joyeusement !
Déni. Déni. Need. Need ?
Mais comment aider quelqu'un contre sa volonté ? Quelqu'un qui est dans le déni. Déni de l'addiction au boulot du mari, du mariage et des 3 gosses fissa de l'ainée, des choix "hors-cadre" et des séances de psy de la seconde et des échecs scolaires du petit dernier ?
Tant de raisons pour alimenter ce système. Angoisser pour les autres, voilà un excellent moyen de ne pas s'occuper de soi ! Pour ne pas constater qu'il y a effectivement des failles, des fragilités, des manques...
Ma mère.
Déni. Déni. Comme une ombre chinoise, qui en réalité n'existe pas. La constellation s'enroule autour d'elle même... jusqu'au jour où le couple d'amis, présents depuis 35 ans, alertent les 3 amochés, discrètement et génés de l'aggravation du trou noir, des angoisses, des incohérences de la Mère.
Que faire ? A lire ces mots amicaux et inquiets... Déni rime avec impuissance. Et à qui revient la tâche ? Colère. Ras le bol. Abandon ? Non. Oui. Non. Mais... comment faire ? Que faire ?
Elle ne voit pas et s'enlise dans des problèmes qui n'ont d'existence que parce qu'elle leur en donne une. Elle manie la peur de tout avec brio. Tout est prétexte. Tout. Même le quotidien devient source d'emmerdes.
Déni. Ivresse perdante qui la perd. Et nous avec. Laisser faire ou secouer ce système toxique ? Déni.
A nos diners...
lundi 16 novembre 2009
Bien dans ma peau, mieux contre la sienne
Y penser. Longuement. Langoureusement...
Imaginer. Tout et rien. Tout surtout.
Repenser, revoir, re sentir les moments vécus, qui n'existeront plus.
Elaborer des plans, des hypothèses, des scenari...
Et se laisser embarquer.
Désirer. Souvent. Beaucoup. Toujours...
Espérer. Ses mains, ses yeux, sa peau.
Vouloir tant. Lentement. Passionnément.
Attendre, juste ce qui fait de l'attente un délice.
Et se laisser glisser.
Ouvrir. Une porte. Ses bras. Le cœur...
Laisser. Le reste, le passé, les douleurs.
Croire. Y croire. Au delà des croyances.
Donner et recevoir. Naturellement.
Et se laisser désirer...
A nos épidermes...
dimanche 8 novembre 2009
Plaisir solitaire littéraire (3/3)
Elle releva son visage, réfléchissant sérieusement à cette hypothèse, ne sachant plus très bien si elle parlait encore à son libraire ou à un individu passé par là… et répondit, animée : « Oui… vous avez raison… ! J’ai cru pouvoir oublier ça, en avalant le récit d’une autre rupture, la meilleure qui soit. Mais finalement… c’est de l’amour dont on devrait se souvenir, c’est sur l’amour que l’on devrait se documenter, se renseigner, ce sont des témoignages de gens amoureux que l’on devrait lire… Cela nous préparerait peut-être mieux aux ruptures ? ».
Le libraire, médusé, la regarda, en se demandant si ces réflexions lui étaient réellement destinées… Il reprit en fronçant ses sourcils « … euh… Se préparer aux ruptures ?… »… « Oui ! Voir venir ! Ne pas se laisser prendre par le filet ! Louvoyer en toute connaissance de cause ! Ne plus souffrir… et… et… ne pas regretter ! Y aller, se jeter dedans comme si on allait mourir ! Aimer corps et âme ! S’enivrer de tout ! Etre vivant d’aimer !».
Elle se tut et revint à leur réalité. Son cœur battait plus vite… ses joues avaient rosies. Elle regarda le libraire sans le voir et sentit qu’elle s’était un peu emportée. Elle avança le long de l’allée, frôlant le libraire immobile et se planta devant les nouveaux romans, confuse... Elle parcourut rapidement les titres et ses yeux tombèrent sur « Assez parlé d’amour » d’Hervé Le Tellier. Quel titre ! Il tombe à point nommé ! Elle ne réfléchit pas, en saisit un exemplaire, se dirigea vers la caisse.
Elle sortit dans la rue, pris une grande bouffée d’air frais et se dit « Il a raison celui-là… assez parlé d’amour » !
A nos bons romans…
Cette nouvelle, est une extrapolation personnelle et maladroite sans doute ( !), pour exprimer combien j’ai aimé lire « Assez parlé d’amour » d’Hervé Le Tellier, paru dernièrement… Ma nouvelle et son roman n'ont rien à voir, si ce n'est le thème choisi.
samedi 7 novembre 2009
Plaisir solitaire littéraire (2/3)
Elle pénétra dans la librairie calme et longea discrètement l’allée et se dit Et si je m’achetais un bon roman, pour m’occuper l’esprit ? Un bon roman… Un roman. Qui soit bon. Bon pour moi. Les couvertures alignées, serrées les unes contre les autres, avaient beau rivaliser de couleurs et de titres marketés, elles ne semblaient pas l’attirer pour autant. Les quelques quatrième de couvertures consultées annonçaient des retrouvailles, des combats, des histoires de famille, des amours perdus, des enfants cachés, des juifs, des gens exceptionnels, des passés revenus… Mais pas de bon roman en vue. A priori.
Les allées la menèrent aux BD… deux ados aux jeans sales et troués lisaient assis par terre dans une sorte d’autisme enviable. Les sciences humaines pointèrent le bout de leur science, avec l’histoire, la psychologie, la sociologie… Mais pas de bon roman en vue.
Des allées de mots. Des montagnes de mots. Des milliards de choses écrites, sorties du silence.
Le libraire qui passait par là, avait remarqué le circuit de cette cliente connue. Indécise aujourd’hui… Il approcha calmement et murmura presque « Bonjour, je peux vous aider ? Vous cherchez quelque chose ? ». Elle ne sursauta pas, grâce à la délicatesse avec laquelle il avait parlé. Elle se tourna vers son libraire, en lui souriant, comme prise en flagrant délit d’indécision… « Ah... bonjour… ! En fait… je ne sais pas… je cherche un livre… qui soit… un bon roman ! ». Regrettant déjà d’avoir dit qu’elle cherchait un livre au milieu d’une librairie, elle plongea ses yeux sur l’étalage pour éviter le regard de son libraire.
Le libraire, amusé, repris « Un bon roman oui… Mais un roman… historique ? Un roman d’amour ? Un rom… ». Elle coupa nette l’énumération « Ah ! Oui ! Non ! Enfin, pas un roman d’amour mais un roman de rupture plutôt. Et un bon surtout !». Venir dans une librairie se changer les idées, pour demander finalement un « bon-roman-de-rupture » était le comble de la bêtise humaine… mais voilà, c’était dit.
Le libraire parut se rassembler intérieurement, en se demandant s’il avait bien compris la demande de cette cliente étrange. Ne la voyant pas bouger de sa troisième relecture de la quatrième de couverture du Routard Hongrie 2009 qui était devant elle, il dit très hésitant : « Mais mademoiselle, pour qu’il y ait rupture… il faut bien qu’il y ait eu amour avant… non ? ».
vendredi 6 novembre 2009
Plaisir solitaire littéraire (1/3)
Sans vraiment savoir pourquoi,
elle se décida pour cette robe un peu démodée. Un dernier regard neutre à son
image dans le miroir de l’entrée, et là voilà qui quittait son appartement
parisien. Le ciel était immensément clair et il faisait beau, mais cela ne
suffisait pas à secouer sa lassitude. Elle marchait sur les feuilles orangées,
sans pensée, sans envie, juste rythmée par le craquement au sol. Le jardin des
Tuileries était à la même place, les pigeons abrutis, aussi. Entre sécurité et
agacement, elle ne savait plus très bien où elle se situait.
Le monsieur du kiosque à journaux,
lui aussi, n’avait pas le cœur à sourire. Il prit sa monnaie en silence en la laissant
prendre le Libé du jour. « J’achète
des mots, sans un mot » pensa t-elle, presque amusée. Sans but précis
pourtant, cette prise d’air lui fit du bien, un peu de bien. Elle alla se poser,
elle et sa robe ringarde, à une terrasse. Il faisait frais mais l’idée même
d’être assise enfermée avec tous ces c… gens, non vraiment elle n’en avait pas
le courage. Un serveur noir et blanc, dynamique et souriant, lui fonça
dessus ! « Bonjour
mademoiselle ! Qu’est ce que je vous sers ? »… Dans un
effort, elle tourna la tête et dit « Un
café allongé ». Le serveur tourna immédiatement les talons pour aller
crier la commande au bar intérieur. …
« Un Allongé. Oui c’est ça. Allongé. Qui durera un peu plus longtemps et
qui me réchauffera un peu plus, sans m’agresser. Voilà ». Ses yeux
finirent pas se noyer sur les allers et venus des passants de la rue. Un chien,
avec un vieil homme au bout d’une laisse, derrière. Des enfants occupés à mille
choses. Des couples plus ou moins proches. Des jeunes, collés, semblables, amusés… Diversité humaine, mouvements infinis...
Perte de soi aussi…
L’allongé prit sa place sur
la table dans un mouvement précis. Les volutes saveur café vinrent chatouiller
son esprit… Libé sortit de son sac et
elle en commença la lecture. Comme à son habitude, elle regarda rapidement
chaque page, puis lut les articles mentalement sélectionnés, en repartant de la
première page. « Comment lire des
horreurs en se délectant d’un allongé, sous un soleil d’hiver ?... Tout le
monde le fait de toutes façons ».
L’allongé trépassé, elle resta un
moment, juste présente à cet instant... Puis très vite, les réminiscences
indésirables la rattrapèrent, flottantes et sournoises… Sa peau, que je ne toucherai plus. Les souvenirs sensuels furent
les premiers puis vinrent les souvenirs sociaux. L’avenir, les projets, les envies… Terminés.
Quitter. Reprendre sa liberté.
Larguer. Lâcher. Rompre. Se séparer. Arrêter. Finir. La rupture d’avec celui
avec qui elle avait passé ces 3 dernières années, avait beau avoir été à son
initiative : sur cette terrasse, ce jour-là, elle mesurait réellement ce
que cela signifiait. Et ce que cela allait signifier, à partir de maintenant.
Son émoi s’apaisa doucement dans
la lenteur du temps. Laisser ressentir…
Et puis après tout, il faisait beau. De nouvelles voies s’ouvraient ou allaient
pouvoir s’ouvrir.
Ces pensées lui donnèrent l’énergie
de se lever vers nulle part, en lâchant quelques pièces sur la table. Marcher.
Paris en automne est agréable.
Les couleurs orangées se mêlent idéalement au gris du bitume. La Seine change
de ton. Et les parisiens s’affairent, en toute saison.
Elle déambula tranquillement,
passant du soulagement à la tristesse, de la tristesse à la mélancolie… et elle
arriva au niveau de cette librairie qu’elle aimait bien. Elle hésita et décida
d’y entrer faire un tour. Sa peau et nos
projets avortés restèrent sur le pas de la porte. Son libraire était là. Occupé à référencer quelques trouvailles...