mercredi 20 mai 2009
Souviens-toi l’été dernier
Je surfais sur le net, mon ordinateur portable sur les
genoux, affalée sur mon lit… quand la petite flèche de la souris s’est figé.
Après quelques minutes, ne pouvant plus rien faire pour récupérer la main, j’ai
éteint mon ordinateur, en appuyant longuement sur le bouton arrêt. Lorsqu’il
s’est rallumé, un message technique d’insultes est apparu… et ensuite, les
ennuis ont commencé.
Je vous passe les détails de l’appel au secours, de la
bonne volonté des uns et des autres… De la consultation informatique effectuée
par mon frère… Bref.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : mon disque
dur était mort. Et TOUTES mes données avec…
En quelques heures, je suis passée d’un état de détente-pont-du-mois-de-mai à un état de
dépression gravement avancée !
J’ai listé dans ma tête tout ce que je pouvais imaginer
être enregistré sur mon feu disque dur… Et outre les différentes versions de
mon CV, de ma « compta », et de mes poèmes, textes, nouvelles
(je vais vomir…), il y avait aussi, pas loin de 6000 photos, souvenirs de ces
cinq dernières années (je vais mourir !)…
La dépression bien entamée, je suis passée à la colère…
teintée de culpabilité… « Non je n’ai pas fait de sauvegarde » !
Non. Merde. Merde. Merde.
Puis, grâce à mon frère, j’ai pu remettre en route mon
ordinateur, et m’éviter d’en racheter un… j’ai changé le disque dur… Mais mes
données, elles, ne sont plus qu’un lointain souvenir.
Résultat des courses : les traces de ces 5 dernières
années de ma vie n’existent plus et n’existeront plus jamais, hormis dans ma
tête et dans la tête de ceux avec qui je les ai passées.
Point barre.
… Les jours ont passé depuis cet épisode. Les pensées ont
fluctué elles aussi… et l’espoir de récupérer les données étant minces, il faut
bien se faire à cette triste réalité.
Ces photos étaient des ancrages… des images que j’aimais
regarder de temps à autre… Comme des clins d’œil lançant un « tu te
rappelles ? ». Sans compter, ceux que j’ai aimés, ceux que j’ai
croisés, ceux que j’ai perdus… et dont il ne reste que des bribes dans ma
mémoire.
Ces bons moments passés, anniversaires, mariages, fête de
Noël, soirées filles, voyages, week-ends… envolés.
Ces témoins de la vie qui défile… disparus.
Mon ordinateur a subi une lobotomie involontaire. Il ne se
rappelle plus de rien. Il ne me reconnaît même pas ! Il repart à zéro…
Par contre, moi, je suis intacte. Ma mémoire n’a pas été
endommagée. Je peux la consulter encore… Je peux fermer les yeux et revoir
l’ambiance de cette soirée, le regard doux d’untel, le sourire fou de tel
autre… Je ne suis pas le sable balayé par la vague…
Bien sûr, je ne suis pas infaillible… et j’oublie. Mais
les sensations, elles, me restent. Je les associe aisément à telle personne ou
telle autre…
Je suis donc partagée entre la tristesse de cette perte,
et sa gravité toute relative… Je balance entre la colère et la résignation… Je
vais et viens entre le dégoût et le lâcher prise.
Est-ce un signe ? Un signe qu’il faut que je regarde
devant. Un signe que ce qui est passé est passé… Un signe que je suis faite de
mon passé mais que tout reste possible… Un signe que je n’ai plus besoin de me
raccrocher à ce qui est passé… Un signe que désormais, mes souvenirs ont les
bonnes proportions… Un signe qu’une grande place est faite pour d’autres
choses… De nouvelles choses… ?
A nos fossiles…
vendredi 15 mai 2009
Drôle d’endroit pour…
Il
y a quelques jours, sur Facebouc, j’ai reçu un mail énigmatique, de la part
d’un pseudo inconnu, qui me demandait si j’avais travaillé dans telle société… Intriguée,
j’ai cependant confirmé le fait, tout en restant prudente. Quelques mails plus
tard, j’ai fini par reconnaître l’auteur… Un homme, rencontré il y a bien 7 ans,
dans un cadre effectivement professionnel. Cette reprise de contact m’a permis
de me remémorer quelques souvenirs…
Un
jour alors que j’étais en pause avec K, assises toutes deux, sur le rebord de
la fenêtre du hall, un homme dont l’élégance me frappe, passe avec deux autres
collègues. En le regardant passer, je glisse à K « Enfin un homme bien fringué dans cette boite ! ». Inconnu,
noir de peau, souriant, classe…
Quelques
jours passent, et je le recroise plusieurs fois à coup de sourires et de
regards… mais un soir en sortant de mon travail, passant la porte principale,
j’entends quelqu’un qui m’appelle « Mademoiselle ? »… Je me
retourne et là, je vois l’homme élégant s’approcher, pendant que moi, prise de
panique, je me demande ce qu’il me veut… Il s’excuse alors de m’importuner,
mais dit que depuis quelques jours, il me voit et me trouve charmante… Il
voudrait savoir si j’ai un numéro de téléphone… Je réponds gênée, que je n’ai
pas de téléphone, ce qui est totalement improbable vu qu’un humain sur deux en
a… Il insiste mais je reste imperturbable, puis il finit par me tendre sa carte
de visite, en me souhaitant une bonne soirée…
En
entrant dans le RER, amusée et flattée, je ressors la carte de visite, juste
pour y lire son nom, son prénom, sa fonction, la société pour laquelle il
travaille. Un prestataire, de passage.
Les
jours suivants, il retente l’acquisition de mon numéro de téléphone, à
plusieurs reprises, avec toujours ce tact et cette élégance, qui me feront
finir par lui donner…
Ensuite,
il y aura des invitations au restaurant où il viendra me chercher en bas de
chez moi, ponctuel et élégant… des ballades dans Paris, à discuter et rire de
tout… Des cadeaux à ne plus savoir comment réagir, de gêne… de joie… de
flatterie… comme cette robe hors de prix, que je regardais un jour, dans une
boutique où nous étions tous les deux en promenade, et qu’il avait empaquetée
et prise avec lui, quelques jours après, alors que nous étions au restaurant,
pour me faire une surprise… Des semaines de drague douce, élégante et drôle,
légère et intense… Des semaines d’attentions… pour lesquelles je n’ai cependant
pas craquées.
J’étais
flattée je crois qu’un homme tel que lui s’intéresse à moi, mais je n’étais pas
amoureuse. Alors un jour, malgré les compliments quasi quotidiens sur ma
beauté, mon humour, mes centres d’intérêt, mon intelligence… j’ai fini par dire
qu’il ne se passerait rien. Rien de plus en tous cas, que ce qui se passait là.
Il
n’a pas entendu de suite… prêt à m’inviter trois semaines à l’autre bout du
monde, en vacances… Mais, malgré la tentation j’ai de nouveau décliné et ré
affirmé ma position. Je devais libérer cet homme élégant de cette relation qui
ne serait jamais plus, qu’une histoire de séduction.
Il
a fini par lâcher, malheureux… non sans avoir tenté un baiser volé sur le bord
de ma bouche…
jeudi 7 mai 2009
Poil aux dents !
Les psy / chologues / chothérapeutes / chanalystes /
chiatres… font un métier d’avenir. C’est une évidence.
Parce qu’aujourd’hui, si tu n’es
pas performant (d’où le titre…), et bien… t’es has-been, t’es naze, t’es relou,
t’es isolé, t’es à la traine, t’es pas rendu, t’es ringu’, t’es pas dans le
coup…
Alors tu cours ! Tu
cours ! Tu cours ! Mais après quoi au fait ?
Parfois tu le sais :
Tu cours après un boulot top dans
lequel être au top niveau de l’épanouissement personnel le plus profond.
Tu cours après le couple le plus
harmonieux du monde, où tout roule tout magnifiquement bien, tous les jours,
toute la vie, même quand tu dors.
Tu cours après un physique de
star retouchée avec Photoshop. Tu fais du jogging, un régime, du sport, un
coaching, un relooking, un training…
Tu cours après un réseau social
de ouf. Tu te fais les meilleurs amis de l’Univers, les plus intéressants, les
plus dispos, les plus performants, les plus branchés, les plus drôles, les plus
cultivés, les plus sportifs, les mieux quoi.
Bref, tu fais tout pour être
per-for-mant.
Mais parfois, tu cours… mais tu
ne sais pas après quoi ! Un pseudo - boulot topissimement top ? Un ou
une pseudo - chéri(e) incroyablement canonissimement génialement éternellement
top ? Un pseudo - réseau d’amis à la vie à la mort tellement qu’il est
super cool the best… ?
Dans les deux cas, et dans le cas
où tu ne cours pas, la société te renvoie à un moment donné au fait, que tu
n’es pas TOUJOURS performant. Trop vieille pour ce poste, pas assez grande,
trop black, trop gros, pas assez de diplômes, pas assez d’expériences, pas
assez présent, pas assez rapide, pas assez dispo, pas assez fiable, trop……………,
pas assez…………………….
Les NTIC, robots, computers,
HighTech… nous ont-ils tué ? A force de tout obtenir d’un clic, en
quelques secondes, nous sommes-nous habitués à avoir tout, tout de suite, sans
résistance ? Sans tolérance ? Sans attente ? Sans effort ?
Sans expression verbale de notre demande ?
Les NTIC, robots, computers,
HighTech… ont-ils entamé notre capacité à attendre ? A être frustré ?
A faire avec ? A se contenter de ce que l’on a ? A faire à notre
rythme ? A être dans le présent ? A accepter nos limites ? A ne
pas être… parfait ?
A ce performant coupdegueule…
dimanche 3 mai 2009
Ouïe and them
Le métro est un passage. Entre
deux stations. Entre deux projets. Entre deux instants. Les gens vont vers des
endroits, en repartent, se dirigent vers d’autres. Ils quittent un lieu et
pensent déjà à celui vers lequel ils vont. Cet entre-deux est obligatoire. Sans
lui, pas de mobilité, pas de nouveauté.
Le métro est une sorte de salle
d’attente. On y attend son heure. On y attend le bon moment. Pour certains, il
est imminent, pour d’autres, il faut être patient. La salle d’attente est aménagée
avec des sièges. Mais on peut rester debout si on le souhaite. Les gens dont
l’attente va être longue, s’arrange pour trouver un siège tranquille. Qui ne
soit ni dans le passage, ni trop près des couloirs ou des portes.
Dans la salle d’attente, les gens
s’occupent. Exactement de la même façon que chez le médecin. Ils ont des
activités qu’ils choisissent selon le temps de leur attente, leur humeur, leur
énergie, leurs envies, leurs contraintes…
Les activités du métro, bien que
nombreuses, finissent par être les mêmes. Elles créent ainsi des groupes de
gens, qui ont choisi de faire la même chose de leur attente, mais qui ne la
partagent pas avec les autres, pour autant. L’attente du métro est souvent
personnelle. Ou alors, le groupe pré existe à l’activité, et il constitue une
unité à part entière. Des amis. Des collègues. Des jeunes. Des couples… Dans
ces groupes, l’attente est partagée. Mais on partage très rarement avec
l’Autre. Celui qui est dans la salle d’attente, mais pas dans le groupe.
Que font les gens pour
patienter ? Patienter, c’est tuer le temps et combattre l’ennui.
Patienter, c’est avoir une chance, un moment à soi, pour penser, pour rêvasser…
Patienter, c’est s’évader, s’informer, réfléchir, jouer, se reposer… Il y ainsi
des communautés virtuelles qui se forment et se défont.
Les adeptes de la musique, lovés
dans leur bulle, les oreilles sollicitées… Les adeptes de la lecture. Romans,
journaux gratuits ou non, BD, essais, magazines… Les yeux rivés. Les accros de
travail. Emails imprimés, documents de travail à lire, à relire, à préparer.
Slides, power point. Annotations. Concentration. Les mains, les yeux occupés.
Les adeptes des jeux. Sudoku, mots croisés, mots fléchés. Jeux électroniques,
tactiques, rapides. L’esprit connecté. Les adeptes de la rêverie. Les yeux
fermés, les yeux ouverts. La tête penchée sur la fenêtre. Les mains jointes
pour se centrer. Les pensées flottantes. Les sens relâchés. Les adeptes de la
sieste. A peine posés, déjà endormis. Pour 5 minutes ou pour 20. Le corps abandonné.
Le passage peut être fait
certains jours de musique. Et le lendemain, de rêverie. Il n’y a pas de règle.
C’est selon.
Et puis, l’activité ne s’arrête
pas une fois descendu du métro. Elle peut continuer… Un peu. Beaucoup.
Longuement. Ou pour quelques minutes seulement. Les passages dans la salle
d’attente métropolitaine, rythme les journées des Parisiens… Sur le quai, on
trouve des sièges, des distributeurs de boisson. Des plans.
A nos stations…