03 mai 2009
Ouïe and them
Le métro est un passage. Entre
deux stations. Entre deux projets. Entre deux instants. Les gens vont vers des
endroits, en repartent, se dirigent vers d’autres. Ils quittent un lieu et
pensent déjà à celui vers lequel ils vont. Cet entre-deux est obligatoire. Sans
lui, pas de mobilité, pas de nouveauté.
Le métro est une sorte de salle
d’attente. On y attend son heure. On y attend le bon moment. Pour certains, il
est imminent, pour d’autres, il faut être patient. La salle d’attente est aménagée
avec des sièges. Mais on peut rester debout si on le souhaite. Les gens dont
l’attente va être longue, s’arrange pour trouver un siège tranquille. Qui ne
soit ni dans le passage, ni trop près des couloirs ou des portes.
Dans la salle d’attente, les gens
s’occupent. Exactement de la même façon que chez le médecin. Ils ont des
activités qu’ils choisissent selon le temps de leur attente, leur humeur, leur
énergie, leurs envies, leurs contraintes…
Les activités du métro, bien que
nombreuses, finissent par être les mêmes. Elles créent ainsi des groupes de
gens, qui ont choisi de faire la même chose de leur attente, mais qui ne la
partagent pas avec les autres, pour autant. L’attente du métro est souvent
personnelle. Ou alors, le groupe pré existe à l’activité, et il constitue une
unité à part entière. Des amis. Des collègues. Des jeunes. Des couples… Dans
ces groupes, l’attente est partagée. Mais on partage très rarement avec
l’Autre. Celui qui est dans la salle d’attente, mais pas dans le groupe.
Que font les gens pour
patienter ? Patienter, c’est tuer le temps et combattre l’ennui.
Patienter, c’est avoir une chance, un moment à soi, pour penser, pour rêvasser…
Patienter, c’est s’évader, s’informer, réfléchir, jouer, se reposer… Il y ainsi
des communautés virtuelles qui se forment et se défont.
Les adeptes de la musique, lovés
dans leur bulle, les oreilles sollicitées… Les adeptes de la lecture. Romans,
journaux gratuits ou non, BD, essais, magazines… Les yeux rivés. Les accros de
travail. Emails imprimés, documents de travail à lire, à relire, à préparer.
Slides, power point. Annotations. Concentration. Les mains, les yeux occupés.
Les adeptes des jeux. Sudoku, mots croisés, mots fléchés. Jeux électroniques,
tactiques, rapides. L’esprit connecté. Les adeptes de la rêverie. Les yeux
fermés, les yeux ouverts. La tête penchée sur la fenêtre. Les mains jointes
pour se centrer. Les pensées flottantes. Les sens relâchés. Les adeptes de la
sieste. A peine posés, déjà endormis. Pour 5 minutes ou pour 20. Le corps abandonné.
Le passage peut être fait
certains jours de musique. Et le lendemain, de rêverie. Il n’y a pas de règle.
C’est selon.
Et puis, l’activité ne s’arrête
pas une fois descendu du métro. Elle peut continuer… Un peu. Beaucoup.
Longuement. Ou pour quelques minutes seulement. Les passages dans la salle
d’attente métropolitaine, rythme les journées des Parisiens… Sur le quai, on
trouve des sièges, des distributeurs de boisson. Des plans.
A nos stations…
Un commentaire ?
J'adorais cette "transition" entre mon boulot et chez moi quand j'étais à Paris. Tout le monde me disait être stressé par ce métro, moi il me détendait, il était cet entre-deux comme tu dis.
Aujourd'hui plus de métro, et je rentre chez moi avec tout le stress et le poids du boulot à la maison... comme quoi !
Encore un superbe billet........Je le lis comme une peinture...Tu as vraiment un don pour l'écriture....
Autant j'aime le silence, autant j'aime le contact...à chaque fois, la magie opère..mon regard croise toujours celui d'une personne avec qui je vais échanger..de tout, de rien, du quotidien....mais le lien éphémère se crée....et j'apprécie vraiment ces moments là....
Bises douces du matin...
Ton article me fait penser à "Paris" de Klapisch, version dans le métro!
Beau...
J'aime beaucoup ce billet... c'est beau, et parfaitement saisi.
Bises
Sil.
@Laptitebricole : Je comprends... je suis passée de 8 minutes à pied à 20 minutes de transport, et finalement, ce n'est pas si mal. Ça permet de laisser des choses dans les endroits qu'on quitte :-)
@MadameT : je prends le compliment qui m'encourage et me fais chaud au coeur... quant au reste, il dépend sans doute de nos états intérieurs non ? Bises de début de grand week-end ! :-)
@Lyly : Merci (contente de te lire !)... j'avais bien aimé ce film moi aussi.
@Silvestik : Merci ! Je prends ce ressenti si positif pour moi...
Décidément, vous me gâtez lecteurs chéris ! :-)
Oui ! Exprime-toi !
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