25 avril 2009
Am(o)itiés
Je suis en prise avec des
questionnements. Des interrogations existentielles… sur l’Amitié.
Je viens de passer un épisode complexe. Dans lequel les reproches adressés à mon égard, sont ceux qu’une amie avait pu prononcer, il y a quelques années. Alors forcément, se pose l’incontournable question « Quelle amie suis-je ? ».
L’épisode est une balance. Comme autrefois chez nos grands-mères. Deux plateaux, qui tendent à s’équilibrer.
Dans le premier plateau, il y a mon amie A, qui rompt il y a quelques semaines, sa relation amoureuse après 3 ans. Qui habite en Aquitaine. Qui avait rêvé enfants, maison, amour toujours… Pour qui le contrat n’a pas tenu. Qui est secouée. Qui est triste. Qui est déçue.
Dans le second plateau, il y a moi. Ma vie d’en ce moment. Mon chéri. Mon nouveau travail, mes nouvelles collègues. Mon appart pas encore totalement aménagé. Une somme de bonheurs qui en font un gros, comme je n’avais pas connu depuis longtemps. Moi, comme surprise d’être heureuse.
La balance penche vers A, je l’appelle. Je l’écoute. Elle encaisse, analyse. Ne pleure pas. Je ne me retrouve pas dans sa façon d’être triste. Je me contente donc de l’écouter. Je ne me retrouve pas dans ma façon de la consoler. Elle ironise. Fait de nouveaux projets. Elle me donne l’impression qu’elle n’a pas besoin de moi.
La balance penche de mon côté. Je profite de chaque instant. Je travaille en toute sérennité, remplie de découvertes intellectuelles. Je profite de l’Homme. Avec qui des projets sont de l’ordre du possible…
L’équilibre se fait quelques temps puis, lorsque A est disponible pour qu’on se cale une soirée téléphonique, moi je ne le suis pas. Et vice versa. Lorsque je lui propose des créneaux, elle ne peut pas. Le temps passe. Je parviens à prendre des nouvelles par sms, par email. Mais ne m’en satisfais pas. Le temps passe. Certains soirs, je suis avec l’Homme. Je n’ai envie que de cela. D’autres soirs, je suis tellement crevée que je n’ai plus d’autre envie que de me coucher tôt et de ne parler à personne. Le temps passe. Les contacts avec A sont ponctuels et rares finalement. Au téléphone il me semble qu’elle affronte tout ce qui lui arrive avec une force incroyable. Elle s’organise dans une énergie positive.
Le week end dernier A monte à Paris. Je m’en réjouis. J’ai bloqué mon emploi du temps pendant 5 jours pour elle. Le premier soir, contrairement à d’habitude, elle le passe avec ses deux autres anciennes amies. Je me sens « punie » mais sais que je pourrais profiter d’elle plus tard puisqu’elle dort chez moi deux soirs.
On se retrouve enfin et on passe la journée à parler. Je suis très contente de la voir et elle aussi, d’après ce qu’elle dit. Là encore, comme au téléphone, ce qui m’arrive est raconté rapidement puisque je vais bien. En ce moment. Nous enchainons alors sur elle. Elle me renvoie alors la même impression. Elle n’a pas besoin de moi. Elle gère. Elle s’organise. Elle s’agite. Elle s’épuise. Elle sait.
Puis viennent les reproches. Ils viennent alors que j’exprime le plus simplement possible, la difficulté que j’ai à trouver quoi faire pour l’aider. A part l’écoute je ne vois pas.
Les reproches visent mon indisponibilité. Ma distance. Et l’hypothèse est faite que je ne suis peut-être qu’une « amie de fête » et qu’on ne peut pas compter sur moi quand ça ne va pas. Puis les reproches sont revus à la baisse, en souvenir d’un moment, où j’avais été la seule présente. Mais quand même…
J’entends… avec une émotion énorme. Je sens que ces mots résonnent plus profondément que cela pour moi. J’entends que je me suis trop occupée de moi, ces derniers temps. Que j’ai été égoiste. Et alors que nous discutons, les larmes me montent. Prise entre culpabilité et incompréhension. Je craque. Nous nous serrons dans les bras l’une de l’autre. Nous pleurons ensemble. Mais je suis alors déjà coupée en deux.
L’intensité redescend peu à peu. Le calme est revenu. Le pardon et les sourires aussi.
Pourtant, les jours qui ont suivi, et aujourd’hui encore… Je ne me sens pas encore totalement sereine. A la fois alertée par mes attitudes, et à la fois, refusant de culpabiliser parce que pour une fois, j’ai pensé à moi. Pour une fois j’ai profité de ce que je vivais. Pour une fois, je n’ai pas su trouver quoi faire, face à des réactions que je n’aurais certainement pas dans un même cas…
Ces années à m’occuper des autres. Ces années auprès de ma mère. Ces années encourageant mon frère. Ces années à désirer pour les hommes de ma vie. Finies ! Je ne veux plus de ce temps dans lequel je me trompais.
La balance est fragilisée. A a qualifié cet épisode d’« accompagnement à la défusion de notre relation ».
Moi je suis comme coupée en deux. Vexée d’une part. Mais aussi, interrogative : quelle amie suis-je ? Suis-je donc une amie superficielle ? Ne peut-on donc pas compter sur moi ? Deviens-je égoïste ?
Je ne sais pas trop quelle sera la suite. Là je me sens comme prise en otage des reproches verbalisés. Que faire alors ? Je n’arrive pas à y voir clair…
Le passé remonte lui aussi… D’heureux souvenirs reviennent
avec une amie laissée. Des époques passées réapparaissent… Où suis-je dans tout
cela ? L’amitié me paraît compliquée en ce moment. Je n’arrive pas
identifier ce que je veux. Revenir vers, aller contre, marcher au-delà, faire
comme si, penser à…
A nos tra-K
13 avril 2009
Si petit…
Aujourd’hui, je suis allée voir le petit bébé de mon
couple d’amis C et J. C’est leur deuxième enfant et leur deuxième garçon. Il
est né il y a 3 jours.
J’avais acheté un petit cadeau
il y a quelques jours. Et je me disais qu’avec la pleine lune de jeudi dernier,
le petit bout pourrait bien arriver. Ce fût le cas, samedi finalement… avec 15
jours d’avance. Alors cet après-midi, par ce beau soleil printanier, je suis
allée faire la connaissance du bébé…
Lorsque je suis entrée dans la
chambre, ma copine C était là, debout. Quelques cernes, mais une large sourire
accrochée aux lèvres. Quant à J, le père, il était assis dans le fauteuil près
du lit. Un œil attendri sur le petit H, qui dormait comme un ange, dans un
berceau d’hopital. Transparent et en plastique.
Je me suis approchée et après
les bises de bonjour et les félicitations, je me suis approchée du petit homme,
tout de bleu vêtu.
Il était là, les poings serrés,
à dormir. Dans le couffin d’hopital, entouré de ses parents et déjà le second d’une
fratrie. Lié à des personnes aimantes, attendu depuis quelques mois. Aimé.
Inconditionnellement. La première chose qui m’est venue est que maintenant
qu’ils étaient 4, ils étaient une « vraie » famille. Une entité qui
de part son nombre, de part l’histoire de sa constitution, prenait des allures
stables et réconfortantes. C’est un peu étrange, mais lorsqu’ils étaient 3,
cela ne me faisait pas la même impression…
Le petit bébé était là, assoupi
dans la tranquillité et le bonheur de ce lundi calme. Image si bonne en moi. Je
l’ai regardé longuement. Il était mignon comme tout. Potelé. Petit. Encore
recroquevillé de ses poings, de ses jambes. Les yeux clos, avec quelques petits
mouvements dans son corps… Rêvait-il ? Etait-ce des réflexes ? Cherchait-il
un contact ? A manger ? Des bras ?
J. a fini par me dire que je
pouvais le prendre si je voulais… Je l’ai donc pris dans mes bras, avec
délicatesse et tendresse. Je me suis installée dans le fauteuil et en
maintenant sa tête, je l’ai posé au creux de mon bras. Il n’a pas vraiment
bougé. Il s’est rendormi. Calme et abandonné. Il était léger et si petit. Mais
si présent pourtant. Dans l’attention qu’il suscitait, dans l’énergie qu’il
demandait.
Nous sommes restés là, un bon
moment. Je le regardais dormir. Je touchais ses petites mains. Ses petites
joues dodues. Il avait quelques mouvements de temps à autre. Mais n’ouvrait pas
ses yeux. Il était juste dans mes bras.
C’est émouvant un nouveau-né. Il
paraît si loin de savoir tout ce qu’il l’attend. Pourtant il a déjà traversé
bien des choses. Rien que sa venue au monde est un moment important de sa vie.
Tout comme l’intention qu’ont eu ses parents vis à vis de lui. En le tenant
ainsi, j’avais cette pensée que lorsque l’on devient parents, on prend une
responsabilité énorme. Et en même temps, on aura beau faire et donner le
meilleur, il y aura des moments durs, des souffrances, du vide parfois. Alors à
3 jours de vie, alors que tout est devant pour ceux qui sont là, le bébé a déjà
un vécu. Qui nous échappe.
Tout résidera dans la rencontre. Dans la construction du lien… même si dès le départ, l’amour est là. Il faut conquérir ce qui fera sa solidité… Avec tous les risques que cela comporte. Je le tenais là… et mes pensées étaient teintées de tendresse… d’envie et de questions…
A nos naissances…
10 avril 2009
Nid lui nid moi
Lorsque ses amis appellent, ils demandent « Alors
quand est-ce que vous prenez un appart ensemble ? »… Et dans ce cas,
mon Homme répond : « Ben justement, on en parle ».
Oui c’est vrai.
En rigolant tout d’abord. Pour les sous. Pour baisser nos loyers, nos charges, nos frais d’internet, de bouffe, de taxe d’habitation…
Et puis maintenant, c’est presque devenu un projet. Aucun de nous n’est contre. Nous sommes pour justement. Mais, matériellement, je suis pour ma part, en CDD… depuis un mois et jusqu’au mois de mars 2010. Quant à lui, il est en poste, mais aimerait changer d’entreprise. Alors, nous en plaisantons sans vraiment poser les choses. Alors nous arpentons tout Habitat sur le thème « Et toi t’aime quoi comme canapé ? ». Alors nous fantasmons sur « Tu vois si on habitait ensemble… ».
Peut-être que cette idée ne se transformera jamais en projet. Peut-être que cette idée va devenir un projet… Quoiqu’il en soit, ce qui me plait, c’est de constater l’envie qui m’habite… Jolie expression dans ce contexte là.
Il y a encore quelques temps, je clamais haut et fort, comme après une très mauvaise cuite : « Jamais plus jamais », je ne revivrais avec un homme. Ni personne d’ailleurs. Je m’étais imaginée vivre à jamais seule, avec mon chat. Pour préserver ma solitude, que j’aime. Pour ne pas me sentir obligée de parler, de cuisiner, d’agir, d’inter agir, de réagir… Sans doute parce que j’aime cette idée de ne rien devoir lorsque l’on vit seule.
J’imaginais construire une relation de cette façon. A distance. Chez moi, chez lui. Je n’avais pas réglé la question des enfants… Mais il n’y avait pas d’urgence à la régler.
Aujourd’hui, lorsque je réfléchis à cette idée de vie commune… je peux dire que j’en ai envie. C’est un peu comme si tous les raisonnements que j’avais pu avoir, n’étaient pas les miens. Ou alors, me paraissaient loin.
Mais c’est surtout parce que l’Homme est là. Présent.
Il n’est pas parfait. Moi non plus.
Il me décevra peut-être. Moi également.
Mais en attendant, il est là. Attentionné et tendre. Enflammé et drôle. Calme et doux. Dynamique et moqueur. Sensuel et attirant. Beau et amoureux…
Il est là, et prêt à faire quelques projets avec moi. Des vacances, des week ends. Rencontrer mes parents. Connaître mes amis. Mes passions. Mes défauts. Mes doutes. Mes obsessions. Mes paradoxes. Mes humeurs…
Nous ne sommes pas pressés. Sept mois c’est si peu…
Et c’est vrai que rien que le fait qu’on en ait parlé, me
donne confiance. C’est un peu comme si c’était extra-ordinaire pour moi. Tiens… ?
Quelqu’un m’aime !
A nos homes
06 avril 2009
A la place
En ce moment, je vais bien. Je me sens pleine de ce que je
fais, remplie de ce j’engage et sereine pour l’avenir. D’ailleurs
« l’avenir » est à sa place, si je puis dire. Ni trop présent, ni
trop absent. Juste là, quelque part, discrètement efficace. Ces jours-ci, je
suis plutôt dans le présent. Ce qui est rare pour moi. Nouveau et… agréable, je
dois dire. Le seul qui a eu à se remettre à sa place ces derniers temps, c’est
le passé. Je ne l’avais pas perçu mais il était tout de même très présent. Dans
ma tête chaque jour, une pensée passait doucement. Dans mon cœur, chaque jour,
une pensée nostalgique générait un pincement… Au creux de mon ventre, chaque
jour, à visualiser le passé, un spasme m’envahissait.
Alors
la semaine dernière, de façon inattendue, des morceaux de mon passé ont
retrouvé une place raisonnable. Cela ne s’est pas fait sans douleur, mais après
coup, quel soulagement ! Il faut apprendre à savoir lâcher. C’est un thème
dont je parle souvent… mais en vieillissant, je me rends compte à quel point
chaque temps a son temps. Ce n’est pas se trahir que de reconsidérer la place
que l’on fait aux souvenirs, aux personnes qui ont comptées, aux évènements
passés. Ils ont une place importante mais ne devraient pas prendre le pas sur
le présent. Le présent c’est l’expérience, enrichie du passé. Ce n’est pas le
présent greffé tant bien que mal au passé. Non. Cela ne marche pas.
Alors
quelques jours après cette expérience inattendue, je ressens les bénéfices d’un
tel repositionnement. Je sens en moi, l’espace libre que ce changement a opéré.
C’est comme si, certaines choses redevenaient possibles. Certains rêves,
réalisables. Cela ne se fera pas en un jour, parce qu’il ne faut pas que je m’y
précipite mais peut-être cela appartient-il à l’avenir plutôt qu’au
présent ? Il ne faut pas combler les espaces à tout prix. Surtout quand
ces espaces ne sont pas des vides, mais bien des espaces. C’est là toute la
différence.
Aux
souffles internes…